Maison d'Arthur Rimbaud à Tadjoura
Le texte qui suit a été composé suite à la lecture de commentaires laissés sur mon blog (qui fusent dans tous les sens) (En passant, le Petit Robert accepte l'othographe "blog"...)
Plusieurs personnes se posent des questions sur le slam, comme plusieurs s'en posaient, par exemple, à l'époque du formalisme.
La poésie ne se laisse enfermer dans aucun système. Elle est rebelle, en continuelle rupture et, en même temps, bonjour le paradoxe, elle est éternelle. Elle est notre propre insuffisance, notre difficile insuffisante. La poésie bouscule, appelle les questions, snobe les réponses.
Plusieurs personnes s'interrogent et c'est parfaitement sain. Pendant que la poésie se simplifie dans le slam, son opposition s'organise. Pourquoi ? Parce que c'est le propre de la poésie de tout remettre en question, toujours et tout le temps. La poésie est une pierre lancée qui file entre les molécules de l'absolu. Vous l'attendez à un endroit, elle vous surprend ailleurs.
Pratiquement toutes les générations du vingtième siècle ont défini la poésie à leur manière, pourquoi en serait-il autrement ?
La poésie travaille un matériau en perpétuelle transformation (la langue), pas surprenant qu'elle en ait pris le plis.
Je suis 100% d'accord avec ceux qui questionnent les consensus.
Si le slam a à peine 20 ans, je vous rappelle que la poésie aurait environ 8000 ans. En fait, elle est plus vieille que l'écriture elle-même.
Il y a des gens qui lisent et écoutent de la poésie depuis 10, 20, 30 ou même 40 ans qui se posent des questions sur la véritable nature du slam. Leur répondre que c'est un moyen de communication, où l’on exprime ses émotions, ne leur apparaît pas du tout une réponse intéressante. Il y a longtemps que les poètes ont suggéré des réponses nettement plus élaborées et subtiles. En quoi un lecteur d'Arthur Rimbaud serait-il charmé par un Grand corps malade ? En quoi un lecteur de Louis Aragon serait-il intéressé par une suite de rimes pauvres qui mélange sans égard rimes féminine et masculine, dans la parfaite méconnaissance des règles qui existent depuis si longtemps ? En quoi un lecteur de Paul-Marie Lapointe serait-il intéressé par une poésie circonstancielle ?
Il est normal que nous nous posions des questions, c'est cela le moteur de la poésie. Depuis un maudit bout de temps !
Voilà pourquoi j’aime bien que les opinions circulent et que les débats se fassent. Je ne serai jamais tanné d’entendre les gens remettre la poésie en cause, car c’est ainsi qu’elle a toujours évolué. Et j’ose espérer que son petit frère, le slam, subisse le même sort. Dans la radicalité de l’être.**************
Prochain billet : des souvenirs de Denis Vanier, sur le trottoir, et du slam, sur la scène.